Des liens anciens et bien ancrés entre le groupe Crédit Agricole et le Japon

L'histoire des relations du groupe Crédit Agricole au Japon s'étend sur plus d'un siècle, marquée par des tentatives précoces, des occasions inabouties et finalement une implantation réussie grâce à la Banque de l’Indochine (1946), Le Crédit Lyonnais (1971) et la Caisse Nationale du Crédit Agricole (1980).

La genèse de l'implantation du groupe Crédit Agricole au Japon

La Banque de l'Indochine
La première mention du Japon dans les archives de la Banque de l'Indochine date de 1892, lorsque le consul de France à Yokohama demande l'ouverture d'une succursale dans cette ville – ce qui ne se matérialisera que 54 ans plus tard.

La banque maintient néanmoins des contacts avec le Japon. En 1907, elle participe à hauteur de 5 % à la fondation de la Société d'étude du port de Moji. En 1912, elle prend part à la création de la Banque franco-japonaise pour 500 000 francs. En 1918, elle contribue à la fondation de la Chambre de commerce et d'industrie franco-japonaise.

Les années 1920 sont marquées par la crise économique japonaise. Le tremblement de terre de 1923 affaiblit considérablement le pays. La Banque de l'Indochine souscrit 100 000 francs en faveur des sinistrés et suit de près la situation de ses risques avec certaines maisons établies au Japon.

Le Crédit Lyonnais
Dès la fin du XIXe siècle, le Crédit Lyonnais manifeste un intérêt pour l'archipel nippon. La banque produit régulièrement des études sur les finances de l'État japonais, son économie et ses emprunts. En 1898, le Crédit Lyonnais classe le Japon parmi les pays dont la gestion financière est de deuxième ordre (sur une échelle de trois), malgré son faible endettement. Des échanges avec la Yokohama Specie Bank (ancêtre de Bank of Tokyo devenue MUFG) ont lieu pour le placement d'éventuels emprunts et, par la suite, des emprunts japonais seront régulièrement placés par le Crédit Lyonnais durant la première partie du XXe siècle pour des clients Japonais.

Dans les années 1930, le Japon est régulièrement cité dans les rapports annuels du Crédit Lyonnais qui vante les succès de l'industrie japonaise et reconnaît la montée en puissance du pays comme concurrent sur les marchés d’exportation. Cependant, aucune implantation physique ne se concrétise durant cette période.

Une implantation réussie en 1946

Des occasions manquées et premières tentatives d'implantation illustrent les défis considérables auxquels les institutions financières françaises étaient confrontées dans l'archipel au début du XXe siècle.

La Banque de l'Indochine
Le 27 janvier 1940, un décret ministériel français autorise enfin la création d'une agence au Japon. Les difficultés nées de la guerre, entre déménagements, bombardements et entraves administratives, vont cependant fortement ralentir les opérations de création de l’agence. Enfin, le 30 septembre 1946, les autorités américaines autorisent enfin l'agence de Tokyo de la Banque de l’Indochine à exercer ses activités. Après la National City Bank of New York, la Banque de l'Indochine est donc la deuxième banque étrangère à s’installer sur la place de Tokyo après la guerre.

L'agence prend un rôle de premier plan dans l'animation du réseau local des entreprises françaises. En 1948, elle met à disposition une salle pour l'assemblée générale de la Chambre de commerce franco-japonaise. Son directeur, Roger Aubrun, prendra la présidence de la Chambre en 1950.

La Banque de l'Indochine fusionnera avec la Banque de Suez et de l'Union des Mines en 1975 afin de créer la Banque Indosuez.

Le Crédit Lyonnais
En 1970, le Crédit Lyonnais ouvre un bureau de représentation à Tokyo chargé de couvrir le Japon, la Corée du Sud et Hong Kong. Il intègre la Chambre de commerce franco-japonaise de Tokyo.

En 1973, il signe un accord avec la Mitsui Bank pour l'octroi de crédits aux entreprises établies en France et au Japon.

Le 24 novembre 1977, après de longues négociations avec les autorités et institutions bancaires japonaises, le Crédit Lyonnais ouvre enfin son agence à Tokyo, installée dans le Hibiya Park Building, face au palais impérial, dans le centre financier. Pour faciliter l'installation, des banques japonaises amies (LTCB, Sanwa, Mitsui, Banque du Japon) y détachent pendant un ou deux ans plusieurs de leurs cadres.

L'expansion des années 1980 - l’âge d’or du Japon

Le Crédit Lyonnais
À partir du début des années 1980, le Crédit Lyonnais accompagne des sociétés japonaises dans leur introduction à la Bourse de Paris : Ricoh en 1981, Toray en 1982, Toshiba Corporation en 1983, Sharp et Honda Motor Co. Ltd en 1984. Dans l'autre sens, la banque accompagne de grandes entreprises françaises dans leur implantation au Japon, comme le Club Méditerranée, la Brioche dorée et Bouygues.

Une nouvelle implantation est créée à Osaka en 1982, transformée en agence en 1984. Une étape supplémentaire est franchie en 1987 avec la création à Tokyo d'une agence de titres (Crédit Lyonnais Securities), surnommée la « Shoken ». Sa montée en puissance est rapide : dès 1989, elle compte 80 collaborateurs contre 100 collaborateurs pour les agences de Tokyo et Osaka.

En 1997, Crédit Lyonnais Japon emploie 350 personnes travaillant dans les secteurs de la banque commerciale, des activités de marché, des financements structurés et de la gestion d'actifs. La clientèle est japonaise à 95 %, démontrant une excellente intégration locale.

La Caisse Nationale de Crédit Agricole : une approche progressive

Les premiers contacts (1979-1985)

Les débuts du réseau international du Crédit Agricole datent de 1979 avec l'ouverture d'une succursale de la Caisse Nationale de Crédit Agricole (CNCA) à Chicago. Dès cette année, le Crédit Agricole s'intéresse au Japon : Antoine Jeancourt-Galignani, directeur général adjoint de la Caisse Nationale, visite l'archipel et rend compte du potentiel du pays, fortement importateur de produits alimentaires.

En 1982, le conseil d'administration de la CNCA se déplace au Japon pour « mieux apprécier les caractéristiques de l'organisation économique, financière et bancaire de ce pays ». L'intérêt pour l’archipel est affirmé en avril 1984 lorsque la Fédération nationale du Crédit Agricole réunit à Paris 300 personnes, dont 130 chefs d'entreprises, pour une « journée Japon » visant à stimuler les exportations.

L'implantation effective (1986-1990)

En 1985, la CNCA ouvre une succursale à Hong Kong, vue comme un moyen de trouver des débouchés au Japon pour les partenaires du Crédit Agricole. Le 20 décembre 1985, le conseil d'administration autorise la Caisse Nationale à ouvrir un bureau de représentation à Tokyo.

L'année 1986 marque le début du fonctionnement du bureau de représentation de la CNCA, inauguré officiellement le 29 octobre 1987 en présence du directeur général Bernard Auberger. Menée par Michel A. Bovy, l'équipe de cinq personnes a pour mission de développer une activité de placement de titres français auprès d'institutionnels japonais.

Cette même année 1987, le 6 février, la CNCA opère la première émission internationale en euro-yens de 20 milliards de yens. Dès l'année suivante, la filiale Union d'études et d'investissements (UI) crée au Japon un fonds de capital-risque doté de 5 millions de dollars en association avec la société Daiwa.

Crédit Agricole Indosuez et la consolidation

En 1996, la Caisse Nationale de Crédit Agricole acquiert la Banque Indosuez et fusionne son réseau international avec cette nouvelle filiale qui prend le nom de Crédit Agricole Indosuez (CAI). Les entités du groupe présentes au Japon comprennent alors le bureau de représentation de la Caisse Nationale, la succursale de Crédit Agricole Indosuez, Indosuez Airfinance Asia Ltd, Indosuez WI Carr Securities (Japan) Ltd et Indosuez Asset Management (Japan) Ltd.

Le rapprochement avec le Crédit Lyonnais 

En 2003, Crédit Agricole S.A. acquiert le Crédit Lyonnais. Le rapprochement renforce la position du groupe Crédit Agricole au Japon. La banque de financement et d'investissement du Crédit Lyonnais est apportée à Crédit Agricole Indosuez. Le nouvel ensemble prend le nom de Calyon puis de Crédit Agricole CIB à partir de 2010.

L'ère moderne : Credit Agricole CIB, Amundi et CA Life Japan

Credit Agricole CIB
Crédit Agricole CIB au Japon est aujourd’hui l’une des principales plateformes asiatiques du Groupe pour accompagner les grandes entreprises et institutions financières japonaises dans les développements à l’international ainsi que les multinationales basées au Japon. La banque emploie plus de 230 collaborateurs dans ses bureaux à Azabudai Hills, Tokyo.  

Les principales activités de Crédit Agricole CIB au Japon

1. Banque de financement des entreprises (Corporate Banking) : la banque accompagne les grands groupes japonais dans leurs besoins de financement domestiques et internationaux.
2. Marchés de capitaux (Capital Markets) : c’est historiquement l’un des points forts de la franchise japonaise.
3. Financements structurés : Crédit Agricole CIB est particulièrement actif dans les infrastructures, l’énergie, l’aviation et l’immobilier. Le Japon est notamment un centre important pour les financements aéronautiques et les structures JOLCO (Japanese Operating Lease with Call Option), domaine où la banque est reconnue.
4. Accompagnement international des entreprises japonaises : l’une des spécificités de la plateforme japonaise est d’aider les groupes japonais dans leur expansion mondiale en Europe, aux États-Unis ou en Asie. Pour cela, Crédit Agricole CIB dispose de desks japonais dédiés à Londres, Paris et New York travaillant avec les équipes de Tokyo.

Amundi

Genèse d'Amundi au Japon 
L'histoire d'Amundi au Japon trouve ses racines dans les activités de gestion d'actifs développées par les entités précédant sa création.

Les débuts avec Indosuez Asset Management
Dès 1996, après l'acquisition de la Banque Indosuez par la Caisse Nationale de Crédit Agricole, Indosuez Asset Management (Japan) Ltd (bientôt renommé Indocam Japan Ltd) fait partie des entités du groupe présentes au Japon. Pour Indocam, la clé du marché asiatique se situe au Japon qui concentre donc les forces de vente à partir de 1997 alors que le pays connaît une très forte activité sur les fonds de pension.

Malgré la crise immobilière et financière de 1997-1998 qui fragilise beaucoup d'institutions financières, Indocam Japan Ltd obtient la licence Investment Trust Management qui lui permet d'accéder au marché de la distribution japonaise. En 1999, la société John Hancock Funds prend une participation de 25 % dans le capital d'Indocam Japan. Cette association a « pour vocation de créer et diffuser sur le marché japonais des produits financiers destinés aussi bien aux particuliers qu'aux investisseurs institutionnels et aux fonds de pension ».

L'ère CAAM : une croissance spectaculaire
Après le rapprochement avec le Crédit Lyonnais en 2003, l'entité devient CAAM Japan (Crédit Agricole Asset Management). CAAM Japan crée un partenariat stratégique avec Daiwa en 2000 (devenu Resona en 2002) : il fabrique des produits sécurisés que la banque japonaise peut proposer à ses clients.

En 2002, CAAM entre à hauteur de 5 % au capital de Daïwa Trust and Banking Company (DTBC), filiale spécialisée dans la conservation et la gestion d'actifs (trust banking) de Daïwa Bank Holdings. DTBC figure parmi les premiers acteurs de trust banking au Japon, avec un montant d'actifs conservés et gérés de 175 milliards de dollars. La transaction est estimée à 87 millions d'euros. Cet accord offre à CAAM un point d'entrée sur les marchés japonais des fonds de pension et de la distribution de produits de gestion d'actifs, réputés difficiles d'accès aux opérateurs étrangers.

La croissance de CAAM au Japon est exponentielle : en 2001, trois fonds pour 300 millions de dollars d'encours ; en 2002, dix fonds pour 700 millions de dollars d'encours ; en 2003, quinze fonds pour 1,2 milliard de dollars d'encours. En 2003, CAAM est devenu no 1 au Japon sur les produits structurés (garantis ou protégés). En deux ans, la marque CAAM est devenue une référence de qualité auprès des épargnants japonais. L'équipe commerciale de CAAM au Japon compte alors une trentaine de personnes.

En 2005, Crédit Agricole Structured Asset Management (CASAM), spécialiste de la gestion structurée, est leader au Japon avec une part de marché de 30 %. Cette part de marché sera maintenue après la crise de 2008.

Amundi au Japon en 2026
Amundi Japan est aujourd’hui l’une des plus importantes filiales d’Amundi en Asie avec environ 180 collaborateurs et près de 9,8 trillions de yens d’actifs sous gestion (environ 60-65 milliards d’euros) et une clientèle composée d’investisseurs particuliers, d’institutionnels et d’entreprises japonaises.  

CA Life Japan 

La création de Crédit Agricole Life Japan illustre la stratégie du groupe de développer une présence multimétier au Japon en s'appuyant sur les relations commerciales établies par Amundi et Credit Agricole CIB et en profitant de l'ouverture du marché japonais à la bancassurance au milieu des années 2000.

Les prémices : l'étude d'opportunité (2005) et ouverture du bureau de représentation (2006)

L'histoire de Crédit Agricole Life Japan débute en 2005, lorsque la direction des assurances à l'international de Crédit Agricole S.A. détache au sein des équipes de CAAM Japon un cadre chargé de mener une étude d'opportunité et de faisabilité sur l'intérêt, pour le Crédit Agricole, de démarrer une activité d'assurance-vie et/ou d'assurance emprunteur au Japon.

Les premières conclusions confirment que l'opportunité existe : le marché offre un potentiel attractif, notamment dans le contexte actuel d'ouverture à la bancassurance. Les excellentes relations établies depuis quelques années entre CAAM et plusieurs banques japonaises, notamment le groupe Resona, sont de nature à favoriser et à accélérer le développement d'une activité d'assurance-vie du groupe Crédit Agricole S.A. dans ce pays.

Dans ces conditions, le conseil d'administration de Crédit Agricole S.A. autorise l'ouverture d'un nouveau bureau de représentation de Crédit Agricole S.A. au Japon, logé dans les locaux de CAAM Japon.

La création de la filiale (2006) et lancement de l’activité (2008)
Le développement de ce nouveau métier trouve son aboutissement en 2006 avec la création de Crédit Agricole Life Japan, filiale à 100 % de Crédit Agricole S.A. 

Dès 2008, CA Life Insurance Japan emménage dans le même immeuble que Crédit Agricole CIB, facilitant ainsi la collaboration entre les différentes entités du groupe au Japon.

CA Life Japan en 2026

Contrairement à de nombreux assureurs japonais qui s’appuient sur des réseaux d’agents, Crédit Agricole Life distribue principalement ses produits via des banques partenaires japonaises.
C’est le modèle historique du groupe Crédit Agricole : vendre des solutions d’épargne et d’assurance au travers du réseau bancaire (« bancassurance »).